Nina Simon : Comment puis-je contribuer ? Quatre étapes qui m’aident à trouver une réponse.

Nina Simon
La soeur et le chien de Nina Simon. Photo initialement publiée par Nina Simon sur Medium.

Cet article est une traduction du billet rédigé sur Medium par Nina Simon, intitulé “How Can I Contribute? Four Steps I’m Taking to Figure it Out”


J’ai le grand privilège de vivre le COVID- 19 comme une source de tension, et non une crise. Ma famille est en bonne santé et a la possibilité de s’abriter chez soi. Mon institution bénéficie d’assez de financements pour pouvoir subvenir aux besoins des employés et continuer notre travail. Comme la plupart des gens, je ressens des vagues de panique et de peur. Mais mon émotion première est la gratitude.

Beaucoup de personnes ne partagent pas mes privilèges en ce moment. Je parle au quotidien à des personnes qui perdent source de revenus, maison, sécurité et santé. Face à toute cette souffrance, je me questionne : comment puis-je contribuer ? Quelle est la meilleure manière pour moi d’être présente et utile aux autres en ce moment ?

J’ai commencé par répondre à ces questions avec les fondamentaux : rester à la maison et appliquer les règles de distanciation sociale. Contacter les êtres aimés qui sont en difficulté. Faire des dons aux personnes et communautés en crises. M’assurer que mes collègues ont un emploi sécurisé et élargir leurs allocations pour assurer leur bien-être.

Tout cela semble bien. Mais je me sens appelée à faire plus. Et ce « plus » se présente à moi comme plus d’opportunités de donner, de m’engager en tant que bénévole, de rendre service. J’ai donc un nouveau problème : comment décider quoi faire.

Ne Laissez Pas la Production être l’Ennemi du Bien

Je ne suis pas la seule avec ce problème. Dans mon industrie — le secteur culturel et associatif — je vois beaucoup d’organisations se démener pour s’impliquer.

Dans certains cas, leur réponse rapide est phénoménale et extrêmement pertinente. Je suis ravie que les musées d’art donnent leur équipement de protection personnelle aux soignants. Je suis impressionnée par ces sites historiques qui mettent leurs établissements à disposition pour des lits d’hôpital et des centres de distribution alimentaire. Je suis reconnaissante que les Centres d’Art et Directions des Affaires Culturelles mettent en place des fonds d’urgence pour les artistes. Je suis contente que les parcs naturels restent ouverts comme lieux de connexion et de guérison.

Ces formes de réponse rapide sont pertinentes et arrivent à point nommé. Mais j’ai cherché longtemps pour trouver les exemples cités ci-dessus. Pendant ce temps, sans que je l’aie demandé, ma boîte mail déborde d’un déluge de visites virtuelles de musées, de représentations d’Opéra retransmises en direct, de ressources numériques éducatives. Et tout cela me pousse à me demander : est-ce la manière la plus significative pour les organisations culturelles de contribuer — ou est-ce juste la plus rapide ?

Je ne suis pas opposée à ces offres. Je suis consciente de l’espoir et du plaisir que procurent de petits extraits d’art, de musique, d’histoire et de nature. Mais pourquoi le faisons-nous ? Le faisons-nous car il s’agit d’une sorte de besoin exprimé par notre communauté ? Le faisons-nous dans l’optique de servir les communautés qui éprouvent le plus de difficultés ? Ou le faisons-nous pour nous assurer que nous « faisons quelque chose », pour prouver à nos mécènes que nous existons toujours — et que nos emplois valent la peine d’être conservés (ce qui en soi est important!)?

On pourrait dire que ces organisations contribuent à l’effort avec ce qu’elles font le mieux. Mais nous sommes un secteur créatif et je pense que nous pourrions être plus créatifs. Dans la course à l’action, je crains que nous ne nous éloignions de notre potentiel à imaginer et générer une vraie valeur pour nos communautés.

Au départ, je ressentais moi aussi la pression de devoir produire et accomplir quelque chose. Je me sentais coupable de ne pas en faire assez, de ne pas utiliser ma plateforme pour rendre immédiatement service. Et puis j’ai réalisé : je ne sais pas encore comment faire cela. Il y avait une possibilité réelle que je m’épuise à produire quelque chose de médiocre au lieu de prendre le temps de trouver ce qui pourrait être le plus utile.

Alors je me suis permis de ralentir. J’ai pensé à mon organisation — OF / BY / FOR ALL — et à la façon dont nous coachons les organisations culturelles pour qu’elles apprennent de leurs communautés et augmentent leur pertinence et la valeur qu’elles créent pour le public.

Voici les étapes à suivre pour trouver une meilleure réponse à la question « comment contribuer ? ».

Si comme moi, vous êtes privilégiés et que vous vous demandez comment vous pouvez rendre service (que ce soit en tant qu’individu ou au nom de votre organisation), je vous propose ce processus.

1. FOCALISEZ-VOUS SUR UNE COMMUNAUTÉ

Vous ne pouvez pas aider tout le monde. Alors demandez-vous quelle communauté est particulièrement importante pour vous en ce moment. Parmi les personnes dont vous vous souciez, lesquelles sont particulièrement vulnérables ou à risque. Il peut s’agir des personnes âgées de votre quartier. Ou des immigrants sans filet de sécurité. Ou des soignants. Je crois en des approches ciblées et « centrées communauté » — et cela commence par identifier des communautés spécifiques à soutenir.

2. ÉCOUTEZ CETTE COMMUNAUTÉ.

Si vous devinez à l’aveugle ce qui compte le plus pour une communauté particulière, il y a de fortes chances que vous vous trompiez. Mais il existe une alternative simple : écoutez-les. Trouvez des moyens d’entendre et d’apprendre directement des individus et des organisations de cette communauté. Vous pouvez chercher des informations en ligne. Vous pouvez suivre les leaders et les activistes de cette communauté sur les réseaux sociaux. Essayez d’apprendre autant que possible par l’observation et l’écoute (au lieu de demander aux gens de vous donner leur temps) afin de ne pas alourdir le fardeau que les gens en difficulté portent déjà.

3. CARTOGRAPHIEZ VOS COMPÉTENCES, et ATOUTS[1].

En parallèle de vos recherches pour connaître ce qui compte le plus pour les communautés dont vous vous souciez, essayez d’en apprendre davantage sur vous-même. Qu’êtes vous le/la/les seul.es à pouvoir offrir ? Quels atouts, actifs, et compétences possédez-vous qui pourraient être pertinents ? Si vous explorez cette question en tant qu’individu, vous pourriez avoir des atouts comme votre temps, votre bilinguisme ou votre capacité à cuisiner. En tant qu’organisation, vous pourriez avoir des actifs et des atouts tels qu’un bâtiment, des abonnés ou l’oreille attentive du maire.

Pour moi, la partie la plus importante de cette étape est de relier les points de manière créative. Comment pouvez-vous utiliser votre créativité pour établir des liens inattendus entre ce que les gens désirent et ce que vous avez ? Ces connexions n’ont pas besoin d’être immenses pour avoir un sens. Par exemple, ma sœur (qui vit seule) se sentait socialement isolée. Elle m’a fait part au téléphone de son projet d’accueillir temporairement un animal de compagnie. Lorsque ce projet est tombé à l’eau, nous lui avons confié notre chien pendant quelques semaines.

Je n’aurais probablement jamais mis mon chien sur une liste d’atouts pouvant être utiles en ce moment. Mais il l’est.

4. VÉRIFIEZ VOS HYPOTHÈSES.

Une fois que vous pensez avoir identifié un atout qui pourrait correspondre à la communauté de votre choix, faites une pause. Vérifiez avec les représentants de la communauté avant de vous lancer. Vous pensez peut-être que quelque chose est une excellente idée, mais « la valeur est dans l’œil de la communauté. »

Je n’ai pas conduit jusqu’à la maison de ma sœur et jeté un chien de 30 kilos sur son porche sans demander. Je l’ai entendue exprimer son intérêt. Je pensais avoir un atout correspondant. Et puis j’ai vérifié auprès d’elle pour confirmer que c’était bien le cas. Je veux donner aux communautés le même respect et la prévoyance que j’accorde à ma sœur.

A QUOI CA RESSEMBLE EN PRATIQUE

J’utilise ce processus à différentes vitesses avec différentes communautés. Voici comment je l’aborde avec deux communautés qui comptent pour moi en ce moment : les sans-abri dans mon comté et les organisations culturelles du monde entier.

Allez Vite Quand la Meilleure Façon de Contribuer est Évidente

En ce qui concerne les sans-abri dans le comté de Santa Cruz, j’agis vite. Je me renseigne sur ce qui compte le plus via la communication d’organisations en qui j’ai confiance. J’entends que ce qui compte le plus, ce sont des financements pour alimenter les services essentiels pendant la crise. J’ai un actif correspondant à offrir — mon propre argent. J’augmente donc les dons aux organisations de sans-abri en qui j’ai confiance. J’encourage et je soutiens également mon mari dans des services plus directs aux sans-abri (ce qui fait partie de son travail quotidien). Je n’ai pas besoin d’être trop créative ici pour faire bouger les choses.

Allez Lentement Quand le Chemin n’est pas Évident et que la Créativité Pourrait Donner de Meilleurs Résultats

En ce qui concerne les acteurs de la Culture dans le monde, j’agis lentement. Je pense que j’ai davantage de potentiel pour apporter quelque chose d’unique dans ce champ ; et je ne suis pas certaine de la nature de ce quelque chose. Donc en ce moment, je fais un mélange des étapes 2 et 3. Je me renseigne sur ce qui compte pour cette communauté, et je cartographie mes propres compétences et atouts.

Je me renseigne et j’apprends en écoutant les acteurs de la culture de mon propre réseau professionnel — dans les programmes, les e-mails, les appels et les tweets OF / BY / FOR / ALL. Je concentre mon écoute sur les voix des personnes noires, indigènes, en situation de handicap, et de couleur. J’ai fait des petits dons (pour le Arts Leader of Color Emergency Fund, par exemple). Mais surtout, pour l’instant, j’écoute.

Pour cartographier mes atouts, j’essaie de rester curieuse et créative en pensant à ce que je pourrais être la seule à pouvoir offrir. Il y en a d’autres, mieux placés que moi, pour fournir de l’argent aux organisations culturelles — et je suis ravie que plusieurs fondations se mobilisent pour le faire. Je crois qu’il y a une autre façon pour moi d’apporter mon soutien à cette communauté. J’ai quelques atouts à ma disposition : je dispose d’un grand réseau de professionnels en ligne, je suis connue pour avoir conduit un changement positif au sein d’une organisation en crise, je suis entourée d’une équipe incroyable engagée à accompagner les institutions vers la transformation, et j’ai du temps à y consacrer. J’ai des compétences à offrir, comme l’écriture, le rêve, le coaching, la création d’outils et la création de cadres d’action.

Je ne sais pas encore comment je peux être la plus utile aux organisations culturelles. Donc j’écoute et je cartographie, je cartographie et j’écoute. En écoutant, je note les thèmes et les tendances. Je commence à relier les points avec mes atouts et mes compétences. Je commence à rêver de comment je pourrais apporter une contribution unique.

Je pense qu’il me faudra 3 à 4 semaines pour trouver des idées viables et concrètes fondées sur ce que j’entends venant de la communauté. À ce stade, je vais passer à l’étape 4, parler avec des collègues et des pairs pour vérifier mes hypothèses et choisir une voie à suivre. Je suis convaincue que je trouverai une réponse me permettant d’utiliser mes compétences de la meilleure façon possible, pour générer le plus de valeur possible.

Ce processus repose sur la prise de conscience (et l’acceptation) fondamentale que je ne possède pas les compétences et les atouts dont nous avons le plus besoin actuellement. Je ne suis ni soignante, ni agricultrice, ni travailleuse sociale. Si je travaillais dans la santé ou les services sociaux, en ce moment, j’accorderais de l’importance au fait de saisir des opportunités et de donner des réponses rapides. Mais je ne travaille dans aucun de ces secteurs. Je mise donc sur une compétence différente : la créativité.

Ne vous épuisez pas avant d’avoir pu faire le plus de bien. Donnez-vous la permission d’identifier clairement quelles communautés sont les plus importantes pour vous en ce moment. Écoutez attentivement ce qui compte pour elles. Réfléchissez de manière créative à la façon dont vous pouvez déployer vos compétences et vos atouts pour nourrir leur capacité à prospérer.

J’espère que nous pourrons utiliser ce temps pour créer de la valeur de manière à pousser le monde vers davantage d’inter-connectivité, de résilience, de créativité et d’attention. Si vous avez besoin de quelques semaines pour comprendre comment vous pourriez être de la meilleure utilité, c’est ok. Prenez le temps — puis passez à l’action. Le monde s’en portera mieux.

Traduction : Alexia Jacques-Casanova avec l’aimable autorisation de Nina Simon. Merci à Eve Casanova pour sa relecture attentive.


[1] En anglais “Asset” peut à la fois designer un “atout” ou un “actif” (resource d’une entreprise, association). Nina Simon l’emploie ici dans les deux sens.