Artistes et créatifs freelances : comment établir vos tarifs

Comment établir vos tarifs artistes créatifs Moneygami via Wikipedia

Vous êtes artiste, créatif en freelance, tout jeune diplômé ou même étudiant et vous avez décidé de travailler à votre compte. Bienvenue dans le monde des travailleurs non-salariés ! Mais non-salarié ne veut pas dire non-payé et la première chose à faire pour pouvoir vivre de votre art et de votre créativité, c’est de lui assigner une valeur marchande — un prix ! Voici quelques pistes expliquant comment établir vos tarifs horaire et mensuel, ainsi que vos tarifs à la pièce, à la prestation, ou au produit.

[Vous êtes musicien ou intermittent du spectacle ? Artizest prévoit un article rien que pour vous. En attendant, vous trouverez des conseils utiles dans cet article.]

 

Démarches préalables

Avant toute chose, il faut remplir vos obligations administratives en vous inscrivant à l’organisme agréé correspondant à votre activité :

+ Maison des Artistes pour les arts graphiques ou plastiques
+ Registre du Commerce et des Sociétés pour les micro-entrepreneurs dont l’activité est commerciale ou relève de la prestation de services
+ Répertoire des Métiers pour les micro-entrepreneurs dont l’activité relève de l’artisanat

L’organisme auquel vous appartenez déterminera le montant de vos cotisations : élément essentiel pour établir un budget et ainsi définir vos tarifs.

 

La technique rétro-budget pour un tarif horaire et mensuel

Et si on commençait par la fin ? Pour connaître le minimum à facturer par heure, commencez par calculer ce que vous aurez besoin de gagner chaque mois.

À savoir : le montant de vos charges sociales

Assujetti ou affilié à la Maison des Artistes : 15,85% de (votre bénéfice artistique + 15%).
Micro-entrepreneur achat/revente (artisans) : 13,4% de votre chiffre d’affaire.
Micro-entrepreneurs prestation de services : 23,1% de votre chiffre d’affaire.

 

Exercice :

// Calculez vos dépenses mensuelles : loyer, électricité, eau, assurance, transport, prêts à rembourser, factures téléphone + internet, budget alimentation, santé, argent de poche, économies, etc.

// Multipliez le résultat par 2. Cette marge inclut les charges sociales que vous aurez à payer, mais aussi vos charges de fonctionnement : l’argent que vous dépenserez pour pouvoir travailler (transport, électricité). Enfin, elle prend en compte votre temps de travail non rémunéré : la prospection, le démarchage, et les obligations administratives.

// Ajoutez 10% à ce nouveau montant. Ces 10% vous aident à construire votre matelas de sécurité. Mettez cette somme de côté au cas où vous n’auriez pas de travail pendant quelques mois. Il peut aussi servir à vous offrir des congés payés.

// Si votre travail nécessite un achat de matériel (peinture, outils, papier, etc.) ajoutez ce montant au résultat obtenu. Bien sûr, dès le premier mois, vous ferez une estimation que vous pourrez réévaluer et ajuster au cours du temps en fonction de vos dépenses réelles.

// Divisez ce montant par le nombre d’heures que vous êtes en mesure d’effectuer chaque mois = votre tarif horaire minimum !

 

Exemple :
Vous proposez une prestation de service sans achat de matériel.
Vous avez 1200€ de dépenses mensuelles.
1200€ x 2 = 2400€
2400 + 10% = 2640€
Vous souhaitez travailler 135h par mois, soit 30h par semaine :
2640 / 135 = 19,5€
Votre tarif horaire minimum est donc de 19,5€

*****

En imaginant que vous soyez au régime micro-entrepreneur avec des charges de 23,1%, voici le calcul en sens inverse :
Vous avez gagné 2640€ brut.
-23,1% de charges sociales = 2030,16 €
-10% (de 2640€) en matelas : 2030,16€-264 = 1766,16€
– 1200€ de dépenses mensuelles = 566,16€
Il vous reste donc 566,16€.
En effet, gardez en tête que certains mois — surtout au début — vous n’aurez peut-être pas assez de clients/ventes pour travailler 30h hebdomadaires. Il faut donc prévoir une certaine marge dans votre tarif horaire pour pouvoir couvrir vos dépenses mensuelles quoi qu’il arrive. Ce surplus peut également vous aider à gérer un imprévu.

 

Facturer un objet, une prestation ou une œuvre

Ce type de facture demande quelques essais et ajustements avec le temps. Préparez un tableau que vous remplirez au fur et à mesure de vos commandes, pour garder une trace du temps passé à chaque type de tâche. Vous saurez ainsi combien de main d’œuvre facturer en fonction de votre tarif horaire.

Exemple :
Jane vend des bijoux et possède un taux horaire de 20€, donc 0,33€ (ou 33 centimes) par minute. Voici son tableau :
Type de bijoux
Temps passé
Total main d’œuvre à facturer
(hors matériel)
Bague type A
30 min
10€
Bague type B
45 min
15€
Bracelet type A
60 min
20€
Bracelet type B
1h 10min
23€
Collier type C
1h 40min
33 €
Au coût de la main d’œuvre, Jane ajoutera le coût du matériel nécessaire à la fabrication des bijoux, mais aussi à l’emballage, et si nécessaire à l’envoi des colis.

Une autre technique consiste à multiplier votre coût de production par 3. Par exemple, si le matériel pour faire une bague de type B coûte 7€ à Jane, elle peut simplement multiplier ce chiffre par 3 pour obtenir son prix de vente. Cette technique ne fonctionne pas toujours avec les travaux nécessitant de longues heures de main d’œuvre.

 

Comment établir vos tarifs artistes créatifs

Photo via Izatrini on Flickr

Connaître son marché

Maintenant que vous avez une idée de votre tarif, comparez-le avec le reste du marché. Parlez en avec vos amis et vos proches travaillant dans le même secteur, épluchez les pages de ventes en ligne proposant des produits similaires aux vôtres, visitez les plateformes de travailleurs freelances pour consulter les tarifs pratiqués. Cette démarche vous confirmera si vous êtes dans les prix, ou s’il faut revoir votre grille tarifaire.

 

Prix fort, prix idéal et prix minimum

Le tarif horaire calculé dans l’exercice précédent est votre tarif minimum : celui qui vous permet de payer toutes vos dépenses mensuelles. N’hésitez pas à refaire ce même exercice en partant d’un salaire idéal plutôt que du montant de vos dépenses mensuelles. Vous obtiendrez ainsi un tarif horaire idéal (disons 26€), et un tarif minimum (les 19,50€ vous permettant de vivre dignement).

Un client vous présente une demande particulière : un travail en urgence, une pièce entièrement personnalisée ou unique. N’hésitez pas à proposer un prix fort, entre 15% et 20% plus cher que votre tarif idéal.

Si vous travaillez avec un tableau répertoriant vos types de tâches, ajoutez des colonnes pour y exprimer votre prix idéal, votre prix minimum et votre prix fort. Ainsi vous n’aurez pas à refaire des calculs à chaque nouvelle demande de devis.

 

N’ayez pas peur de négocier

Rares sont les clients qui ne négocient pas un prix, et c’est justement pourquoi il ne faut pas avoir peur de présenter son tarif idéal en premier — voire son prix fort. N’ayez pas peur d’être trop cher, votre client ne fuira pas.  S’il estime que le tarif est trop élevé, il vous le dira tout simplement et vous pourrez alors négocier ensemble un prix qui vous satisfasse tous les deux. En cas de négociation, n’annoncez pas de nouveau tarif ; demandez plutôt à votre client quel est son budget et ajustez votre tarif en fonction.

 

Votre travail mérite rémunération

À partir du moment où vous investissez du temps, un savoir-faire ou un point de vue, votre travail possède une valeur marchande et vous devez par conséquent recevoir un salaire. Si vous souhaitez que les métiers de votre secteur soient enfin reconnus à leur juste valeur, évitez de travailler gratuitement.

L’argument de la visibilité n’est PAS recevable. Vous imaginez vous aller chez un fournisseur automobile et proposer qu’on vous offre une voiture sous prétexte que vous donnerez une bonne visibilité à la marque en conduisant aux quatre coins de France ? Alors pourquoi accepter d’un client qu’il utilise votre temps, vos connaissances, votre point de vue unique, et refuse de vous payer sous prétexte que votre travail sera visible par d’autres que lui ?

Il y a des exceptions et c’est à vous de les fixer. Des avantages chez votre client et un défraiement à 100% de vos frais de production peuvent vous amener à accepter une mission non rémunérée. Si votre client n’a pas de moyens et que le projet vous plait, vous pouvez proposer un salaire symbolique. Enfin, si vous vous sentez forcé de commencer par des missions non rémunérées, fixez-vous un seuil maximum de travail gratuit. Au bout de cinq missions, ou cinq représentations gratuites, votre portfolio (ou CV) alors mis à jour sera une preuve conséquente que vous méritez à présent un salaire.

 

Vous avez des questions, des expériences ou des tuyaux à partager ? Utilisez-les commentaires ci-dessous ou écrivez à l’adresse e-mail !

 

Liens utiles :

http://fr.artquid.com/page/600/f-a-q-questions-generales-que-se-posent-les-artistes-amateurs.html – A_3

https://www.rsi.fr/cotisations/micro-entrepreneur/calcul-des-cotisations/charges-sociales.html

http://www.lamaisondesartistes.fr/site/que-dois-je-connaitre-de-la-fiscalite-des-artistes-auteurs/

https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F23749